Et si la figure de cirque pouvait se faire motif musical et varier à l’infini comme une ligne mélodique ? La partition s’est arrêtée. Inachevée. Bach meurt avant de pouvoir finir sa dernière oeuvre, L’Art de la fugue. Cette composition musicale à l’issue bouleversante, est écrite selon l’art savant du contrepoint où viennent, se superposer plusieurs lignes mélodiques. Désir d’écrire, et peut-être d’écrire le cirque autrement, le spectacle tient l’agilité de son déroulement à l’analogie entre figure de cirque et thème musical. Sur scène, ils sont trois : un homme, une femme et une pianiste. Entre eux, un bloc de matière, cube de bois d’environ cinq mètres de haut, déconstruit par lui et par elle. Les éléments du cube sont poussés, tirés, soulevés, défaisant des paysages plus ou moins familiers. Trappes, éléments de mobilier et faux plafond, porte dérobée ou marches d’escalier menant nulle part, les petites danses qu’ils exécutent semblent habiter la géométrie changeante d’un rêve éveillé. L’homme et la femme ne parlent que d’amour, sans un mot, comme un vertige, abyssal. Comme Bach faisait de la musique. Entre deux enfants. La scénographie de Goury est l’écrin parfait de cette « vitalité désespérée », comme ces petites boîtes qu’on ouvre sur une danseuse piquée au beau milieu. Sauf qu’ici la vie dévaste tout, le mobilier se casse, les murs s’envolent et la petite fée Clochette s’agace et s’alanguit, elle aime le prince des monte-en-l’air. Une promesse plutôt qu’un homme, qui n’accède à l’infini que par un escalier. L’amour et la mort se côtoient sans arrêt, c’est la vie qui s’envole. La musique nous rappelle, entêtante, que l’un n’est que le contrepoint de l’autre. Pour Yoann Bourgeois, il s’agit toujours de la même quête, un point de suspension, juste avant la chute, moment unique : le présent absolu. Ce présent qu’affrontent chaque soir une pianiste, une danseuse et un drôle de bonhomme.